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Dès la première nuit, nous nous mettons dans l’ambiance asiatique et négocions durement les prix. Le premier hôtel de Kuta que nous visitons est parfait, mais pour le jeu, nous visitons toutes les pensions des environs de cette zone hautement touristique, et Pascal surtout, négocie sévèrement. Finalement, éreintés, nous revenons au premier hôtel, le Simpang Inn. Cela fait presque trois mois que nous n’avions pas dormi dans un lit !
Nous consacrons la première journée à visiter les environs : Kuta et Legian. C’est la zone la plus populaire et la plus touristique de Bali qui a été malheureusement frappé par l’attentat de 2002. C’est aussi un excellent spot de surf, et c’est devenu le comptoir en Indonésie des jeunes Australiens. Nous nous promenons à travers les étroites ruelles, telle Poppies 2 Lane, encombrées par les étales des boutiques. On s’y fait arrêter tous les mètres, et traverser la rue de par en par sans s’arrêter relève de l’exploit. Marie a les yeux qui brillent devant ces perspectives de shopping. Le soir, les lieux nous apparaissent complètement différemment, et le discours des rabatteurs change : «Transport ? Marijuana ? Girls ? Young girls ?»
Il nous tarde de découvrir l’île et ses beautés. Nous optons pour le transport le plus économique (deux euros par jour), mais aussi réputé le plus dangereux : le sepeda motor, nom indonésien pour la moto.
Nous voilà en route pour Ubud, capitale culturelle et artistique de Bali. Le temps de nous adapter au système de signalisation, nous ratons la direction de Ubud. Nous changeons donc nos plans et décidons de nous rendre d’abord à Sangeh, où se trouve la Holly Monkey Forest. Sur la route, nous assistons à une procession religieuse de femme dans un temple hindou. Les femmes, toutes vêtues de leur plus bel atours colorés, portent tranquillement sur leur tête des pyramides de fruits servant aux offrandes. Le spectacle est magnifique et nous nous y attardons avec plaisir, encouragés par ces femmes gracieuses souriantes, peu embarrassées de leur charge. La religion balinaise est Agama Hindu Dharma, mélangeant l’hindouisme, le bouddhisme et les croyances indigènes très anciennes, mêlée de magie et d’esprits, le tout étant très éloigné de l’hindouisme d’Inde d’aujourd’hui. C’est pour apaiser les esprits, apporter prospérité et bonne santé à la famille, que les offrandes quotidiennes constituées de fruits, de fleurs, d’argent, de nourriture, de cigarettes, sont disposées devant les maisons. Nous arrivons la nuit à destination, et découvrons qu’il n’est pas si facile de se loger hors des sentiers touristiques. L’unique hôtel des environs est sale, hors de prix, et le patron, déjà bien grisé, ne nous manifeste pas un intérêt quelconque. Nous nous réconfortons dans une petite gargote avec un nasi campur, l’un des plats locaux à base de riz, accompagné d’une grande Bintang, la bière légère qui ne nous quittera pas du séjour. Nous visitons donc le lendemain cette fameux forêt des singes. Des centaines de petits singes gris courent de tous les côté. En posant une cacahouète sur la paume des mains, ces petits quadrumanes sans gêne, nous sautent sur la tête et dépiautent l’arachide avidement, délicatement posés sur nos cheveux, en nous léguant au passage les débris de leur festin.
Une fois arrivés à Ubud, capitale culturelle et artistique de Bali, nous assistons a un spectacle de danse typique. Une jeune fille vêtue d’or et de pourpre et maquillée à outrance effectue une chorégraphie en se désarticulant jusqu’aux doigts, sur un air extrêmement répétitif. Le lendemain, c’est l’heure de nous faire choyer. Nous recevons aussi par email un superbe cadeau : Céline, une ancienne collègue de Marie travaillant aujourd’hui pour un hôtel de luxe de Ubud, nous offre une séance d’une heure et demi de massage. Sans plus attendre, nous enfourchons donc nos vaillants destriers motorisés pour atteindre les villas de Kupu Kupu Barong, le papillon géant. Nous somme confortablement installés dans une cabane en haut d’un manguier, donnant sur une magnifique vallée primaire intacte. Quel délice de se faire si bien traiter, respirant l’arôme de mangue dont nous sommes enduits jusqu’entre les orteils et bercés par les bruits de la rivière et les percussions des bambous.
C’est totalement délassés que nous nous remettons en route vers un village de pêcheurs. Nous croisons de nombreuses processions religieuses regroupant des centaines de pèlerins, fiers de l’attention que nous leur accordons. Nous arrivons enfin à Padangbai, que nous visiterons le lendemain. C’est une ville de pêcheurs et aussi une ville portuaire d’où partent les ferries vers les îles environnantes. Les pirogues multicolores reposent sur le sable blanc ou dans la mer turquoise, devant les échoppes et les quelques restaurants pour touristes. A peine le pied posé sur la plage, nous sommes assaillis par les commerçants en tous genre : perles, sarang, huiles de coco, bijoux etc. Ces marchands savent très bien manier les seuls mots de français qu’ils connaissent : «bonjour», «pas chers», «bon marché», «très beau». Et là, commence la dure négociation. Aussitôt un prix énoncé, la phrase «but you can bargain ; give me your price» suit. Nous arrivons à obtenir un bien environ le tiers du prix annoncé, mais aux prix de grandes souffrances pour le vendeur et de promesse de faillite : «bankrupt me». C’est un jeu ou le plus pressé perd !
Nous quittons Padangbai pour nous rendre à Amed à l’extrémité est de l’île. Nous choisissons une petite route de montagne peu fréquentée. Nous n’aurons pas à regretter notre choix et nous vivrons notre plus beau moment à Bali. Nous traversons de minuscules villages le long de l’artère routière. Nous repérant de loin, tous les enfants se précipitent pour nous crier «allo, allo», nous taper dans les mains et nous faire des haies d’honneur. Même les parents lèvent les bébés pour qu’ils ne manquent pas le spectacle. Les vieux se fendent d’un large sourire laissant apparaître leur unique chicot. Les vigoureux joueurs de football ou de volley arrêtent leur jeux pour nous saluer, ainsi que les commerçants, ravis de nous voir traverser leur village. C’est tellement d’honneur que nous essayons de rendre modestement par des bonjours, des saluts et surtout des sourires. Pascal peaufine son salut présidentiel, Marie ne sait plus où donner de la tête pour répondre à tous les bonjours qui jaillissent de tous les côtés. C’est inattendu et bouleversant que ces gens si humbles, si simples et habitués aux touristes riches, nous fassent un tel accueil triomphale, comme si nous étions des personnalités éminentes.
C’est avec regret que nous arrivons à destination. Amed est une succession d’hôtels dispendieux le long de la route, et dominant des plages de sable noire minuscules. C’est aussi la ville d’où partent les plongées pour Tulamben où gît l’épave du US Liberty. Après de longues recherches et d’âpres négociations, nous trouvons un gîte dans les bungalow derrière un café prétendument fermé et partirons le lendemain faire deux plongées avec l’hôtel de luxe de l’autre côté de la route. Bien que la visibilité ne soit pas optimale, nous voyons distinctement les restes du navires militaires, envahies par le corail et habitées de poissons tropicaux. Nous distinguons aussi un barracuda, laissons passer un poisson gigantesque d’un mètres cinquante, observons des limaces multicolores, jouons avec les raies, et taquinons les poissons clowns dans leur anémone.
Le lendemain, changement radical de paysage. Nous surplombons les vertes terrasses de rizières et le décor devient montagneux. Nous atteignons Besakih Pura au pied du sommet dominant, Mont Agung. Fatigués des continuelles sollicitations, nous repoussons toutes les offres oppressantes pour nous guider à travers le Temple Mère, le plus grand de Bali. Ce qui n’est pas du goût des locaux qui nous interdisent l’entrée au Temple. Très loin de nos expectations, ce temple est une succession de terrasses défraîchies laissées à l’abandon et aux mauvaises herbes. Nous nous renseignons pour effectuer l’ascension du Mont Agung. Dans ce domaine, pas d’ingérence : même un garçon de huit ans nous propose de nous servir de guide. On se rend compte que c’est une véritable mafia qui règne en ce lieu saint et l’avidité a rendu les habitants désagréable et hargneux. Nous fuyons cet univers malsain pour rejoindre les pentes du deuxième sommet de l’île, Mont Batur. Il fait nuit à présent, la température a chuté, un crachin persistant tombe et un voile épais nous enveloppe. Lorsque des rabatteurs nous interceptent à un tournant, nous n’opiniâtrons pas et les suivons vers la promesse d’une douche chaude. Pendant notre excursion, nous séjournons dans des Homestay, littéralement séjour chez l’habitant, dans des chambres ou des petits bungalow aux terrasses coquettes, mais à la propreté des draps et de la salle de bains plus que douteuse. Bien entendu, pour un prix aussi modeste de quatre euros, cela ne comprend pas toujours un petit-déjeuner, très rarement le papier toilette, et jamais de l’eau chaude. Alors quelle joie lorsque l’on nous promet de l’eau chaude à volonté ! Nous nous installons pour deux nuits dans la pension voisine, mais bon joueur, les rabatteurs nous souhaitent un très bon séjour. Une fois reposés et réchauffés par une douche brûlante du fait des sources d’eau chaude avoisinante, nous visitons les petits villages qui bordent le lac Batur. Nous sommes encore une fois l’attraction du village, encore plus lorsque nous demandons à déjeuner dans une minuscule gargote à la toute fin de la route du lac. Les enfants se rassemblent autour de nous, nous observant mi craintifs mi amusés. Puis les vieillards s’attablent autour de nous en commentant nos attitudes. Et enfin les jeunes branchés de la place, qui montrent avec fierté – souvent très justifiée – leur maîtrise de l’anglais. Nous profitons aussi de cette journée de calme pour trier nos photos d’Australie devant le yeux ébahis et les exclamations du personnel de la pension, qui s’est installé derrière nous comme pour une séance ciné. Pascal met aussi à profit ses talents d’informaticiens pour réparer la connexion Internet de l’hôtel, nous obtenant ainsi des heures de navigation offertes.
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