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Nous partons pendant la nuit pour effectuer l’ascension du Mont Batur. Bien entendu, tous les guides locaux ont essayé de nous vendre leur service, nous alertant sur l’impossibilité d’une telle excursion seuls.


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Des rochers aux contours atypiques se dessinent de plus en plus nettement...

 

Pêcheurs de père en fils à Lovina  

 

Vue du temple de Tanah Lot, en ombre chinoise, depuis Le Méridien  

 

Vendeuse de fruits à Kuta  

 

Le littoral de Lombok est superbe et très sauvage 

 

Stick fighting et cascade à Senaru

 

 

Village sasak, autochtones de Lombok 

 

 

Nous bravons le temps peu invitant et nous lançons avec une modeste lampe à l’assaut du volcan. Nous rencontrons sur le chemin et à la gargote du sommet de nombreux groupes de touristes. Tous les guides nous dévisagent et cherchent leur confrère. Certains nous expriment leur mécontentement, car nous démontrons à tous les autres touristes que le trekking ne nécessite nullement un guide. Le soleil est maintenant levé, mais le brouillard est tellement dense que nous nous sentons comme dans un épais duvet de neige. Très vite des rochers aux contours atypiques se dessinent de plus en plus nettement : ce sont d’autres dignes représentants de la gente simiesque, qui ont l’air de siéger sagement à conseil réuni au sommet du volcan. L’opaque voile commence à se lever et le soleil à percer. Nous découvrons alors au fur et à mesure que nous sommes entourés et dominés par ces petits singes couleur de roche. Le brouillard au loin se clarifie et, avec le même suspens qu’une levée des rideaux d’un opéra, nous révèle un décor fantastique et brute. Nous apercevons l’étendu du lac Batur à nos pieds, quelques villages typiques l’environnant, le culminant Mont Agung face à nous, et les vastes coulées de lave anciennes drapant le volcan, ponctuées d’îlots de verdure. Nous entamons la descente à présent sous le soleil et sans rien ni personne pour nous obturer le splendide panorama.

Nous quittons la montagne et sa fraîcheur pour retrouver les plages du nord. Nous nous dirigeons vers Lovina, dont le nom inspire la volupté et le ravissement. Nous sommes interceptés très avant notre destination par un rabatteur, que nous remercierons après pour nous avoir évité un barrage de police qui nous aurait assurément délesté de roupiah. Celui-ci nous emmène dans un charmant homestay, très bien tenu et placé idéalement en bord de la plage. Le paradis s’estompe néanmoins lorsque nous nous apprêtons à nous rafraîchir dans l’océan. L’eau est d’un brun opaque, et il y flotte une masse conséquente de détritus. Pascal bravera tout de même ces désagréments, mais Marie renoncera définitivement à se baigner lorsqu’elle verra un cochonnet, fraîchement tué par un chien, poussé par son maître un peu plus loin dans le courant marin sous les encouragements excités des enfants. Les touristes se faisant rares dans ce coin là de Lovina, éloignés des hôtels de luxe, nous nous faisons vite connaître des vendeurs de plages et des commerçants alentours, ce qui donnera l’occasion à quelques scènes marquantes.

Nous traversons ensuite d’un trait une partie de l’île pour rejoindre Tanah Lot. L’endroit est célèbre pour son temple, bâti sur un îlot rocheux dominé par les flots rageurs, que l’on atteint à marée basse. A la nuit tombante, dans les couleurs orangées du coucher de soleil, se découpe le temple en ombre chinoise, coupé du continent par des ressacs féroces se brisant sur les falaises. C’est dans cet ambiance magique que nous passeront plusieurs jours paradisiaques au Méridien Nirwana. Nous nous prélassons dans notre immense chambre, jouons dans le toboggan à eau, nous baignons dans toutes les piscines et jacuzzi, cogitons aux échecs, nous étendons sur les lits face à la mer, et abusons du colossal buffet du petit-déjeuner. Nous nous vautrons avec plaisir dans le luxe, univers où l’eau est chaude et la papier toilette illimité !

Nous rentrons toutefois à Kuta pour boucler notre tour de Bali. Comme il nous reste un peu plus d’une semaine avant notre départ, nous décidons de visiter Lombok, «l’île piment» voisine de Bali la Belle. Nous prenons le vieux ferry de Padangbai pour une traversée monotone de 5 heures. Nous arrivons tard dans la soirée à Senggigi, ville hautement touristique de Lombok la musulmane. Bien que le tourisme ferme les yeux sur les excès «blasphématoires» des locaux (drogue, alcool, sexe) nous ressentons vite la différence de religion, lorsque nous sommes réveillés en sursaut par les haut-parleurs scandant en hurlant les prières de l’aube, aux alentours de 5 heures du matin. Nous passons notre première journée à la plage. Le vent est excellent, idéal pour une petite cession de kitesurf. Nous sommes l’attraction de la plage, et tous les locaux arrêtent de harceler les touristes pour nous regarder nous essayer au kitesurf. Pascal devient le roi de la plage, et dispense quelques leçons de maniement du petit cerf-volant à des locaux très intéressés et très doués. Le soir, attablé dans notre boui-boui favori de Senggigi où nous dégustons les meilleures mie goreng (nouilles sautées), nous sommes interpellés familièrement et respectueusement plusieurs fois par des jeunes, enthousiasmés par notre immense «jouet». Les habitants nous font un accueil chaleureux, et sont fiers de nous évoquer la seul personnalité que leur inspire la France : Zinedine Zidane.

La meilleure façon de visiter une île étant de parcourir les routes en scooter avec une carte, nous partons une fois de plus à la chasse aux trésors les cheveux au vent. Le littoral est superbe et très sauvage. La route suit de collines qui nous mènent en haut de petites baies aux eaux transparentes et au sable blanc, face à des palmeraies clairsemées. De minuscules villages s’égrènent parmi les palmiers. Nous croisons régulièrement le transport typique de Lombok : des charrettes tirées par des ânes qui trottent pour amener à bon port des convois de femmes voilées.

Notre première étape est Senaru, village montagnard au pied du volcan dominant. Nous trouvons un charmant homestay dont nous sommes les uniques clients. La salle de bain est de plus en plus rudimentaire : un toilette à la «turque» équipé d’un robinet pour nettoyer et se nettoyer – pas de papier toilette ici non plus bien sûr, les locaux se nettoient à la main, la gauche bien entendu car la droite est utilisée pour serrer les mains et manger. La douche se fait à l’aide d’un seau, de la même méthode que la chasse d’eau se tire. Qu’à cela tienne, il faut s’adapter aux mœurs du pays, et notre hygiène est bien meilleure que sur les routes australiennes. Nous assistons à un très populaire spectacle de stick fighting. Des concurrents taillés au couteau, s’affrontent armés de bâtons solides et de boucliers, dans un combat de muscles, d’audace et d’intimidation. La foule est en délire et encourage ses héros. Des jeunes garçons nous expliquent les règles et présentent les concurrents qui se succèdent. Après un spectacle aussi déchaîné, nous trouvons la quiétude dans la forêt à côté de cascades. Encore une fois, nous repoussons avec difficulté les offres insistantes des guides en prétextant ne faire que la première chute, qui ne nécessite pas de «gardien». En guise de représailles, lorsque nous demanderons notre chemin, l’un d’entre eux nous indiquera la mauvaise route, et nous passerons presque deux heures à remonter la rivière gelée. Nous arrivons sous les yeux perplexes des touristes qui nous voient débarquer du torrent. Nous ne regrettons alors nullement nos efforts car la chute puissante est époustouflante. Nous rions du tour que nous a joué le guide, mais retournons par la voie normale au village. Enfin presque, jusqu’à un aqueduc qui traverse la montagne. Nous voyons en surgir un groupe, qui nous confirme cette route alternative et originale pour atteindre le village. Nous voilà donc parti dans ce long tunnel étroit, l’eau au genoux, dans le noir, mais pas seul, car nous reconnaissons l’odeur significative de nos amies les chauves-souris, qui ne tarderont pas à se manifester.

Nous quittons les montagnes du nord pour les plages du sud. Nous traversons de jolis villages où se préparent en grande pompe les 60 ans de l’indépendance de l’Indonésie, le 17 août. Les écoliers effectuent à cette occasion une marche semi-militaire qu’ils répètent sur les routes de campagnes. A chacun de nos passage, nous les admirons respectueusement et discrètement. Mais immanquablement, nous les dissipons et la parade se transforme en cris et en saluts de bienvenue auxquels nous répondons avec joie. Nous nous sentons toutefois un peu plus épiés qu’à Bali, en particulier Marie. Dans un pays où les filles portent le voile dès leur plus jeune âge, ne découvrent que les extrémités de leur corps, une touriste blanche, «libertine» aux bras nus, suscite la curiosité. Nous aurons une petite frayeur lors d’un arrêt pour mettre de l’essence. Lorsque nous redressons la tête, nous constatons autour de nous une vaste foule de femmes et d’enfants nous encerclant. En fait, tout le village s’est attroupé pour nous observer et il nous faut nous forcer un chemin pour reprendre la route.

Nous nous dirigeons vers Kuta, autre attrait touristique principal de Lombok. Heureusement, l’endroit est beaucoup moins touristique que son homonyme sœur de Bali, quelques guesthouses et restaurants se cachent timidement derrière les huttes des villageois. Les rares touristes restent dans un club de vacances, et nous pouvons visiter les environs seuls, sans être trop assaillis par les vendeurs. Nous traversons les villages de hutte de pandanus et de palmes tressées, des sasak, peuple autochtone de Lombok, au mode de vie resté très traditionnel.

Nous repassons par Senggigi pour rendre le motobike, ramasser nos affaire et effectuer la traversée de retour vers Bali.

Nous achevons notre séjour balinais à la station balnéaire de Sanur. Beaucoup moins touristique que Kuta, Sanur compte toutefois une myriade d’hôtel de luxe sur une partie de l’immense plage. Par chance, nous trouvons un très charmant homestay, tenu par une petite femme énergique qui materne ses clients et affectionne particulièrement Pascal. Nous lions amitié avec nos voisines de chambres, Martine et sa fille Marine-Eva, amoureuses de Bali et coutumières de l’endroit depuis cinq ans. La plage est attirante mais nous n’avons pas choisi Sanur pour nous y prélasser. Après quelques recherches, Sanur s’impose comme le spot de kitesurf de l’île. Pascal se remet avec enthousiasme à son sport favori et suivant les conseils d’un autre aficionado, il traverse la baie sur la planche – c’est une première - avec une aisance surprenante. Ca y est, la cap le plus difficile est passé, reste à Pascal maintenant à maîtriser sa direction… car la veille du départ, il a fini sa course sur une plage devant une foule gigantesque et bigarrée, venue assister à l’éparpillement des cendres d’un dignitaire.

C’est avec tristesse que nous quittons cette île somptueuse à la population si accueillante. Nous sommes heureux d’avoir eu du temps pour découvrir le Bali authentique pourtant si proche du Bali touristique.