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Nous devons vider l’appartement et rendre les clés pour le 17 janvier. L’appartement est peu meublé mais nous devons nous débarrasser du peu qu’il y ait. Nous discutons avec les colocataires et nous suggérons une vente de garage, très populaire dans ce pays. En fait, aucun ne pensait que nous pouvions parvenir à vendre quoi que ce soit, et pour cause : à la fin de la journée, nous n’avions effectivement vendu que pour 15 dollars de meubles! Nous décidons toutefois de persévérer dans notre tentative et de continuer notre vente de garage le lundi – chose très inhabituelle!
Au milieu de la journée, c’est le salut, la réponse à toutes nos attentes : un vendeur de meubles d’occasion, sur la route pour l’entrepôt, s’arrête devant chez nous, interloqué par notre vente du lundi: il est intéressé par tous les meubles et nous offrent d’excellents prix! Pour nous, c’est la consécration de nos efforts et un sérieux pied de nez à nos collocs. Nous sommes très fiers lorsque nous remettons les parts conséquentes à chacun d’entre eux.
Nous devons aussi en parallèle nous occuper de notre départ : nous avons toujours 2 vans, il faut donc en revendre un. Nous parcourons les backpackers et auberges de jeunesse pour y déposer les annonces de nos 2 vans. Nous garderons celui qui ne se sera pas vendu. Nous espérons toutefois garder VanaNou, le petit van. Le moteur est impeccable et Pascal a beaucoup amélioré l’aménagement intérieur, rajouté un meuble de rangement et acheté le nécessaire pour cuisiner. Au bout de 2 jours, nous recevons le 1er appel. A l’accent, nous reconnaissons vite qu’il s’agit de Français. Nous leur donnons rendez-vous le soir même pour voir le petit van. Quelle stupéfaction lorsque Marie réalise qu’il s’agit du français avec lequel elle travaillait au Coffee Club de West End! Dès le soir l’affaire est conclue et nous faisons un bénéfice non négligeable sur la vente du van.
C’est tout heureux que nous attendons le matin même les 2 compatriotes à côté des vans, les fenêtres ouvertes. Nous n’avons rien vu, rien remarqué de suspect: la chance nous boude et le sac à main de Marie fait le bonheur d’un larron. Adieu argent sonnant et trébuchant, passeport, visa, et carte Visa, permis de conduire et carte d’identité…
C’est le début d’une régression, du retour à la confrontation avec l’administration française dont nous savons pertinemment que nous ne ressortirons pas vainqueur et sûrement épuisé. Après avoir fait la déclaration de vol auprès du poste de police, informé Visa du vol de la carte bancaire, et demandé une nouvelle carte auprès de la banque australienne Commonwealth, nous nous rendons auprès du Consul honoraire de France à Brisbane, une personne représentant les institutions française, et à même de pouvoir nous aider. Trop tard : les services ferment à 14 heures! Et nous sommes jeudi, les bureaux sont fermés le vendredi. Et le mercredi suivant, le 26 janvier, les bureaux étant fermés pour célébrer la fête nationale australienne – Australian Day - la consul a pris 2 jours de congés pour faire le "pont". Reste jeudi prochain, mais la consultation est uniquement sur RDV, et comme c’est elle-même qui gère son agenda, nous devons rappeler jeudi pour obtenir un RDV pour la semaine suivante. Nous restons pantois et déconcerté. C’est tellement grotesque que nous sommes pris d’un fou rire.
De toute façon, notre décision est prise de quitter Brisbane samedi matin après une mission en «hospitality» vendredi. L’hospitality désigne les services liés à la restauration lors de réception. Cette fois-ci, nous travaillerons au grand stade de criquet de Wollangabba, appelé familièrement le «Gabba». Le criquet est le sport national australien, avec bien entendu le surf et le rugby. De l’avis même des plus grands fans, c’est un sport extrêmement complexe avec des règle très subtiles. Un match dure en moyenne 5 jours. Pour nous, néophytes, le criquet ressemble à du baseball avec des joueurs vêtus de blancs. Nous sommes en plein cœur d’une polémique : de nombreux détracteurs estiment que les matches devraient durer désormais une seule journée. Les débats s’animent autour du thème du criquet. Notre match à nous va durer seulement 10 heures, 10 heures derrières un bar à servir de la bière et autre spiritueux à des supporters de plus en plus éméchés. C’est comme si l’on se trouvait derrière un des bars du Stade Molson, du Parc des Princes ou du Vélodrome de Marseille. C’est une expérience palpitante bien qu’exténuante! Nous commençons à maîtriser les goûts des australiens et les noms des spiritueux. Un Rhum ou un Bourbon vient toujours avec du coca sauf si le soft drink est précisé. Un Cougar est un bourbon et un Bundaberg, du rhum, mais il porte aussi un surnom désigné par ses adeptes : le «Bundy». En bref, toute une variété de spiritueux, avec au moins trois noms pour chacun et plusieurs façons de les accompagner, et tout cela doit être décrypté avec une rapidité éclair, en tenant compte de l’accent australien du Queensland et du bruit de la foule en délire.
Après une longue nuit compensatrice, nous quittons la capitale du Queensland samedi. Direction Sydney. Première étape : la Gold Coast. La Gold Coast est l’équivalent en terme de popularité de la Côte d’Azur Française. Ce sont des kilomètres de plages ininterrompus, de résidences de vacances et de centres commerciaux. Surfer Paradise est le point vital de cet univers, où la frime prime sur l’authentique. Parmi la quantité de parcs d’attraction fait pour distraire les visiteurs et les aider à alléger leur précieux deniers, nous avons opté pour «The Warner Bros Movies World» sorte de Universal Studio en plus modeste. Le prix est élevé par rapport à la qualité générale des infrastructures, mais nous passons néanmoins une bonne journée entre Batman et les Looney Toons. Nous poursuivons notre route jusqu’à Byron Bay, la Mecque des surfeurs. En chemin, Marie, alias la «co-pilote», croit apercevoir une bestiole sautante non identifiée. Après un détour pour investiguer, nous nous retrouvons devant une famille de Kangourous qui se prélasse dans un champs et prend la pose pour nos photos! Un peu plus loin, une autre star a deux pattes, vexée de ne pas avoir été immortalisée sur pellicule, se montre en spectacle, faisant de prodigieux sauts en traversant la route.
Remis de nos émotions, nous arrivons à Byron. Nos tentatives de nous initier au surf et au kite surf sont avortés à cause du temps: les vagues sont immenses et violentes et seul les experts peuvent se lancer à l’assaut de l’océan; et pour le kitesurf, après 2 jours à attendre les conditions optimales, le caprice du temps a raison de notre motivation.
Sur les plages, c’est le règne de la micro jupe et des havaïanas, des short de bain ¾ Billabong et des nez plâtrés de crème écran total, maquillage de guerre des surfeurs. De l’arrière pays, Nin Bin à Byron Bay, c’est aussi le paradis des communautés dites alternatives, vêtus de longues parures tye & dye, de fleurs dans les cheveux, marchant nus pieds et abordant un sourire indétrônable. Elles sont adeptes pour certaines d’Ari Krishna et d’autres Bouddha mais vénèrent tous une même Déesse: Marijuana.
Mis à part Byron Bay, lieu de fête et de débordement, tous les autres centre-ville de la région s’endorment dès 17 heures. A partir de 16 heures, les magasins commencent à fermer leur postes, les bars encaissent les clients tardifs, plus une voiture ne circule. Et l’heure suivante, nous traversons des villes fantômes! Dès 7 heures du matin toutefois, tout le monde se met en marche et il faut s’armer de patience pour trouver une place de stationnement… la vie suit son court au rythme des latitudes tropicales. C’est le choc pour Pascal, plutôt lève-tard et couche-tard. Heureusement, une fois passée la frontière entre le Queensland et la Nouvelle Galles du Sud, on ajoute une heure à sa montre, et le rythme devient alors un peu plus «raisonnable»!
Nous arrivons à Sydney un samedi. Le weekend nous permet de visiter calmement le centre-ville, le quartier historique des Rocks et son marché, le Circular Quay et le fameux Opéra. Faire face au Harbour Bridge et à l’Opéra, c’est un peu comme de se retrouver pour la 1ère fois devant la tour Eiffel qui paraît si familière. Nous flânons dans la ville comme de parfaits touristes, rythmé par le son d’encéphalogramme cardiaque émis par les bornes des passages piétons.
A 9 heures, nous sommes au garde à vous devant l’accueil du Consulat de France. Petit clin d’œil à Marie, le Consulat se trouve distant de trois étage du bureau de ventes Méridien. Nous expliquons notre cas en n’omettant aucun détail à la réceptionniste. Bien que compatissante, elle ne peut que délivrer un laisser passer d’un an en guise de passeport, et ce au prix d’un passeport valable 10 ans. Elle ne peut rien faire non plus pour le permis de conduire, ni pour la carte d’identité. Après discussion et après avoir remplis de nombreux formulaires, il s’avère finalement possible d’émettre un passeport, à la seule condition d’être inscrit en tant que Français à l’étranger auprès du consulat. Et pour cela, il faut une adresse fixe en Australie. Une personne habitant Sydney doit donc écrire une attestation sur l’honneur qu’elle nous héberge, fournir une copie de sa pièce d’identité à jour et une facture récente de gaz ou d’électricité. Ce sésame nous prendra 2 semaines à obtenir. Et comble de l’ironie, le conseiller suivant le dossier jettera un cil distrait sur ces papiers, et fait savoir qu’il manque la copie du livret de famille pour établir l’identité de Marie. Nous sommes à deux doigts de l’implosion. Un autre couple de français, soucieux de s’inscrire auprès du consulat, se verra demander uniquement une adresse sans aucune sorte de justificatif. C’est la goutte d’eau. Nous sommes en plein cauchemar.
Le marasme continue lorsque nous nous rendons à la station de police de Kings Cross afin d’obtenir une déclaration de vol sur une lettre officielle pour le bon soin des autorités françaises. Deux heures d’attente, deux heures d’exténuation. Et de retour au van, l’accablement: le van a été forcé, le précieux appareil photo numérique (contenant entre autres les photos que nous souhaitions publier sur cette page) et le sac à dos de vêtements de Pascal manquants. Nous sommes las et assommés. Dans notre malheur, il nous reste l’ordinateur portable dont nous venons de changer le disque dur: à plat sous un Atlas, le pillard est passé à côté sans le voir. Et nous voilà de retour au poste de police pour établir une nouvelle déclaration. Ce genre de méfait arrive semble t-il tout les jours dans ce quartier : nous apprenons que le quartier a subi récemment des travaux de réhabilitation, et bien qu’il soit le favori des backpackers, il reste le lieu de villégiature des prostitués et des junkies, c’est le «Pigalle» de Sydney. Nous venons d’en apprendre un peu plus sur Sydney, à nos dépend.
Nous avons grand besoin de réconfort. C’est Libbie qui va nous l’apporter, par sa gentillesse et son gâteau au chocolat. Libbie, autrement surnommé Lisa ou Lisbee, est la petite sœur de Catherine, collègue de Pascal. Mi australienne-mi française, elle vient passer un mois et demi en Australie avant de s’en retourner à son cher refuge savoyard, à ses chèvres et à ses activités artisanales. Pour nous, c’est un peu les vacances d’été. Nous nous installons à Glebe, quartier bohème, devant un magnifique parc, face à la baie et pourvu de toilettes publiques. Nous aiguisons la curiosité des voisins qui veulent en savoir un peu plus sur notre Road Trip. Nous faisons ainsi la connaissance de Pierre, ermite franco-australien, amoureux du Québec qui nous fait découvrir le port de Sydney sur son trimaran «Plume». Pascal se découvre une passion pour le bateau, qu’il conduit comme un vrai matelot. Nous oublions nos récentes péripéties. Nous socialisons et sommes invités à des soirées. Libbie nous présente un couple de parisien fraîchement arrivé en Australie, Solenne et Raoul qui vont désormais nous couvrir d’attention, de bons plans et de cadeaux. Nous rencontrons tous les jours des gens passionnants : Antonia et Mickael les bobo sculpteurs, Delphine et Luc les lillois sympa, Emmanuel le pro en ressources et relations humaines, Eva l’artiste enthousiaste, Allegra l’australienne panaméenne mère de 10 petits singes… Tant de figures inoubliables! Le moral est au beau fixe, nous recréons un cercle d’amis et une communauté francophone. Nous n’oublions pas la Chandeleur, et nous faisons sauter les crêpes et les bouchons de cidre dans le parc devant le van, dans ce qui est maintenant devenu notre jardin.
Nous observons tous les jours la vie du parc: les mères de famille aiment à flâner et jaser entre elle, leurs enfants ravis de pouvoir se balancer et faire du toboggan; certaines plus audacieuses se lancent dans des courts d’aérobic coachés, singées par leur jeune progéniture à leur côté; les chiens socialisent et leur maîtres s’affairent à ramasser derrière eux leur déjection et à leur lancer la balle de tennis grâce à des porte-balle plastiques, extension du bras qui permet de ramasser et de tenir la balle sans même se baisser ou se salir et de l’envoyer à 40 mètres, ce qui leur laisse un peu de répit et ne sollicite aucun effort; des groupes de kung fu ou de joggers se rassemblent; les étudiants s’entourent de livres volumineux tout en parfaisant leur bronzage; le soir, ce sont des cracheurs et des jongleurs de feux, ou encore des rassemblement de jeunes concourrant pour le championnat de buveurs de bière. Jours, nuits, weekends, il y a toujours de l’animation dans le parc. Le parc fait partie de la vie des habitants de Sydney. C’est la métropole australienne par excellence. La vie se passe dehors, le sport est omniprésent chez les jeunes de 7 à 77 ans, c’est un melting pot ethnique et social, et le climat ensoleillé rend les gens ouverts et accueillants.
Lorsque Libbie nous annonce son départ et Raoul et Solenne nous font part de leur intention d’écourter leur séjour australien, c’est un peu la fin des vacances. Dès la semaine suivante, Marie va commencer un job de serveuse dans un restaurant au chef français, et Pascal va peut être avoir une opportunité de web designer. Même le temps s’accorde pour nous faire sentir la fin d’une saison.
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