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Notre porte d’entrée est Brisbane, capitale du Queensland «The Sunshine State», troisième ville du pays. Fidèles à nous même, nous n’avons strictement rien planifié. Toutefois, Brisbane nous semble une ville agréable à vivre, l’esprit qui s’en dégage est plaisant avec tous ces petits villages constituant une grande cité. Alors pourquoi ne pas y rester un petit peu? D’autant plus que la liste des choses à faire dès notre arrivée s’allonge de jour en jour.
1ère étape : l’administratif.
Le Central Backpacker, dans les anciens locaux de l’Armée du Salut, devient notre Quartier Général. Forts de notre longue expérience avec l’administration française, nous prévoyons une bonne semaine pour toutes nos démarches administratives, et au moins un mois de délai pour obtenir les documents. La première journée nous a vite détrompée sur la rapidité du système administratif et sur notre planning: en quelques heures, nous avons ouvert un compte en banque chacun, obtenu notre numéro d’imposition, ouvert une ligne de téléphone portable, validé notre visa et nous nous sommes enregistrés à l’immigration. Nous voici maintenant armés pour vivre et travailler au pays d’Oz.
2ème étape : l’hébergement
L’étape suivante est la recherche d’un appartement. Le Backpacker est extrêmement bruyant et devient finalement vite onéreux. En regardant les annonces d’appartements en collocation, nous réalisons que cela nous reviendrait moins cher au long terme. Nous voilà donc partis pour la grande quête de la chambre. Nous épluchons les petites annonces des journaux locaux, dépiautons les panneaux des Backpackers et des cafés internet et lançons des recherches sur les sites web dédiés. Nous avons 2 critères immuables et qui sont des contraintes parfois éliminatoires pour nos futurs colocataires: nous sommes un couple et ne comptons pas rester très longtemps. Nous optons pour une petite chambre dans une grande maison avec terrasse et hamac! Nous partageons notre quotidien avec une Chinoise de Pékin, Ran, une Espagnole du Pays Basque, Katia, et une Australienne de la Nouvelle-Galle du Sud, Katrina. La maison est située dans un quartier résidentiel calme, au sud du centre ville et de la rivière et à 15 minutes à pied de deux gros centres de vie (West End et South Bank). L’ambiance est conviviale à la maison, nous profitons d’avoir un pied à terre et de pouvoir utiliser la webcam avec parents et amis.
3ème étape : le transport
Nous recherchons le van de nos rêves, de la même façon que l’appartement. Le marché nous est favorable car la demande est très faible à cette période de l’année. Les étudiants arrivent avec la nouvelle année, et s’en vont ceux de l’année précédente, mais restent leurs vans. Tous ces étudiants sur le départ, se retrouvent donc avec leur van sur les bras et personne à qui le vendre. Sur les annonces, les prix barrés se rajoutent au fur et à mesure que le temps passe. Ce sont les grandes soldes des fêtes! Nos rêves de combi Volkswagen prennent vite fin, vestige des années 70, rares sont ceux qui sont nés après les années 80. Après avoir inspecté minutieusement quelques vans, notre sélection s’arrête sur un Mazda 1991, avec peu de kilométrage, mais à l’équipement intérieur très sommaire… comme nous regrettons notre Tatoo! Un Ford Econovan 1991 attire aussi notre attention, aménagé en camping car et aux équipements luxueux: réfrigérateur, micro-onde, TV... Le choix est difficile. Finalement nous optons pour le Mazda, à la grande déception des propriétaires du second. Leur amertume nous émeut, ainsi que le prix du van qui atteint des records de bassesse. Pour «soulager leur peine», nous leur proposons d’acheter le van à moitié prix le jour de leur départ s’ils n’ont toujours pas trouvé preneur d’ici là. Et voilà comment nous sommes devenus les heureux propriétaires de deux vans! C’est là que germe l’idée d’un business: Pascal en tant que bon Québécois (avec un grand Q), met en exherbe son esprit entrepreneurial. Une fois réparés et aménagés, nous espérons réaliser de belles plus-values sur les vans. Reste à savoir lequel nous allons garder et lequel nous revendrons… Comme dans toute entreprise, il y a des risques et des inconnus. Nous rencontrons rapidement la première épine: les fêtes de fin d’année repoussent considérablement l’obtention des papiers d’enregistrement. Nous anticipons déjà que l’épine devienne écharde lors de la revente du véhicule dans un autre état: le processus semble être un véritable parcours du combattant.
4ème étape : le financement
Le niveau de vie est un peu plus élevé que ce que nous imaginions. Il se situe à mi-chemin entre celui de la France et du Québec. Les principales sources de revenu envisageables sont dans la cueillette de fruits et dans la restauration. Nous faisons nos premiers pas en tant que serveur pour une société d’organisation d’événements. Nous nous retrouvons à trimbaler, l’un des plats de nourriture extrêmement lourds et l’autre des plateaux de boissons à l’équilibre précaire, et à zigzaguer ainsi entre les nombreux invités de ce cocktail, en priant pour ne rien renverser sur l’un de ces convives. Pascal se remémore avec nostalgie ses années de serveur au Québec, et Marie inaugure douloureusement ce passage de l’autre côté du décor, plus habituée à organiser les soirées qu’à servir les invités. Ce gagne-pain ponctuel nous permet de travailler ensemble. C’est donc ensemble que nous passons les toutes dernières heures de l’année 2004 à servir leur élixir à 2 005 assoiffés, mis sur leur 31 pour accueillir le 1er de l’an suivant.
Marie diffuse en parallèle son CV aux restaurants et cafés branchés du quartier voisin, West End. La semence porte ses fruits et Marie est mise à l’épreuve dans 3 cafés. A ce jeu, parfois c’est l’employeur qui paye la mise en dédommageant l’heure d’essai, parfois c’est le postulant qui laisse 5h de son temps sur les tables sans même un merci du croupier. Cela permet d’en apprendre d’avantage sur les habitudes de consommation et les goûts des Aussies. Il y a ici autant de façon de présenter un café que de diversité dans la population : du petit noir au grand noir, en passant par le café-au-lait et le latté, on demande le Grec, le Viennois et le Turc, on réclame le populaire Cappuccino et ses cousins Babyccino, Mugaccino et Soyccino, l’Affogato ou encore le Macciato, sans parler des oubliés, tous ces laits mettant en valeur les favoris de la cour. La prise de commande relève du placement des convives aux tables : la rafraîchissante Affogato près du rustre grand noir, suivit de la star Cappucino et du raffiné Macciato… Surtout ne pas faire d’impair sur la liste et la disposition, et tout le monde passera un bon moment… un vrai défit personnel!
Marie trouve finalement un travail de serveuse occasionnelle dans un restaurant Turc. L’équipe y est sympathique, l’ambiance bon enfant et le Chef lui prépare tous les soirs un petit festin de sa création. Elle devient aussi serveuse au Coffee Club, où l’ambiance ressemble d’avantage à celle d’une usine, où l’on doit produire un maximum, sous les réflexions incessantes et désobligeantes d’une gérante toujours plus exigeante. Préférant la vie de bohème à celle de larbin, la tolérance à l’irrespect, la joie de vivre à la perdition, Marie rend finalement son tablier au bourreau du Coffee Club.
Pendant ce temps, Pascal rafistole les vans : il serre la pince mon seigneur, sa scie devant lui et le papier de verre à la main, il dresse ses plans. Chaque jour il leur refait une beauté : soins rajeunissants à la fibre de verre, fond de teint pour masquer la rouille, serrage des boulons et redressage des vis. Il les remet d’aplomb grâce à un nettoyage complet des voies respiratoires, une transplantation d’organes et une analyse détaillée du système nerveux électrique.
Les journées passent trop vite. Difficile de réaliser que papa Noël, vêtu de son grand manteau rouge écarlate et blanc javel, a commencé sa tournée de cheminée. C’est encore plus ardu d’y croire dans un pays sans cheminée, où les bûches des sapins sont pétrifiées à l’ombre des palmiers et où les cerfs volants du Père Noël, habitués à leur douillet blizzard, s’écraseraient sous ce ciel sans brize. C’est notre premier noël au soleil, sous une chaleur moyenne de 35°. Les Australiens ont beau parer leurs demeures de guirlandes et de lumières stalactites clignotantes, organiser des feux d’artifice quotidiennement, rien n’y fait, l’esprit de la nativité n’y est pas pour nous. C’est donc aux antipodes, à la plage en bikini que nous fêtons Noël en compagnie de nos colocataires étrangères, avec les simples cadeaux que sont le soleil, le sable chaud et la joie de vivre.
Sans télévision ni radio, nous sommes coupés du monde, et venons tout juste de prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe causée par le Tsunami chez nos voisins asiatiques.
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