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C’est toujours avec une bonne dose de plaisir et d’excitation que nous reprenons la route.

Nous lisons les guides touristiques au fur et à mesure du voyage, nous n’avons donc en général qu’une idée approximative de ce que nous allons découvrir.


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Les Douze Apôtres, imposante procession de blocs rocheux dominant des falaises calcaires déchiquetées

 

Nous copinons avec un couple de lama

 

Un road train dans l’immense plaine du Nullarbore : 1000 km de brousse sans un arbre à l’horizon

 

 

Le Cape le Grand: sublimes baies, criques sauvages au sable blanc étincelant et aux eaux cristallines 

 

Nous traversons un bush fire 

 

Giant Cave est vaste et possède de beaux spécimens de stalactites et de stalagmites

 

City Beach, notre plage d'entraînement au kitesurf. 

 

 

Cette fois-ci, nous savions que nous allions traverser la «Great Ocean Road», décrite par les tour-opérateurs et les guides touristiques comme l’une des routes côtière les plus spectaculaires du monde. Certes, la côte est belle, mais sa beauté, qualifiée de fascinante, est excessive. Nous y admirons toutefois les Douze Apôtres, imposante procession de blocs rocheux dominant des falaises calcaires déchiquetées, ainsi que Loch Ard Gorge, successions de magnifique gorges aux airs de calanques, dont la nature tourmentée a sonné le glas au navire Le Loch Ard et à ses passagers à la fin du XIXème siècle. La côte a d’ailleurs été surnommée la «Shreck Coast», soit la côte aux épaves, car plus d’un vaisseau se sont échoués sur ces remparts de calcaire. La nuit tombée, nous partons à la recherche d’un camping gratuit. Ne trouvant rien qui aille, nous nous informons au poste de police où un charmant agent nous indique un spot idéal, certes illégal mais en dehors de la zone patrouillée par ses confrères.

Notre voyage est toujours un régal pour les amateurs d’animaux sauvages. Nous admirons pour la première fois une colonie de koalas, adorables peluches grises. En état léthargiques, drogués par les effluves des eucalyptus, ils sont bercés par le vent dans leur berceau de branches et nullement importunés par les bipèdes curieux. Nous traversons des plaines peuplées de centaines d’émeus, sorte d’autruche craintive et agressive. Nous copinons aussi avec un couple de lama d’élevage. Et puis, nous faisons la connaissance d’une nouvelle espèce de volatile: un oiseau au chant similaire à celui d’un réveil matin!

Une fois la frontière de l’Australie Méridionale passée, les falaises cèdent la place à d’immenses dunes, mais nous ne pouvons que les contempler car les marais salants s’imposent le long de l’unique voie. La route est longue et monotone jusqu’à Adelaide et le thermomètre indique une température singulièrement élevée pour la saison.

Une fois à Adelaide, Pascal se met en quête d’un nouvel appareil photo numérique car la frustration est devenue trop grande. Nous recherchons aussi le parfait co-équipier pour nous rendre à Perth. La route est très longue, et nous envisageons donc de transporter un ou deux compagnons de route pour partager discussion et fuel. Les offres et les demandes de co-voiturage sont communes dans les backpackers, c’est une façon de voyager économique et sympathique en Australie. Après avoir rencontré plusieurs passagers potentiels, notre choix se fait sur une jeune bavaroise pleine de vie et au sourire généreux.

L’équipée quitte la capitale de l’Australie Méridionale dans la bonne humeur pour cette nouvelle aventure. Mais très vite, dès le lendemain, la lune de miel prend fin: la transmission de VanAlaCon casse sur une petite route peu fréquentée et nous devons confier notre maison à un mécanicien d’une minuscule bourgade de pêcheurs. Nous passons deux jours dans le terrain vague du garagiste à attendre qu’il nous rende notre précieux bien. Notre coéquipière se plaint de plus en plus et nous manifeste sa mauvaise humeur qui va devenir quasi quotidienne désormais. Nous y laissons nos plumes, mais nous sommes heureux de pouvoir continuer la route. C’est pourtant le début d’une série de misère avec VanAlaCon le bien nommé : le pot d’échappement casse et nous sommes envahi de poussière et de relent d’essence dans l’habitacle ; la porte arrière refuse catégoriquement de s’ouvrir ; le moteur tousse sans arrêt ; les freins rendent l’âme… et tout cela en l’espace d’une semaine.

Malgré tout, nous réussissons à traverser l’immense plaine du Nullarbore : 1000 km de brousse sans un arbre à l’horizon, avec pour seul sujet de photo les cadavres des kangourous, festins des corbeaux, et pour seuls compagnons, des mouches voraces qui semblent avoir pour but ultime de s’introduire dans notre œsophage. Les rares automobilistes rencontrés nous saluent, certainement pour nous souhaiter «bonne chance». Les uniques traces de civilisations sont les Road House qui ne méritent pas le titre de village malgré leur boutique, leur camping, leur buvette et surtout leur prix d’essence exorbitants. Nous croisons la route d’un dingo, chien sauvage redouté des éleveurs. Nous défions la ligne droite la plus longue d’Australie, terrain de jeux des road train, semi remorque à trois wagons, pour atteindre la frontière du Western Australia. C’est la frontière la plus stricte que nous passons depuis les douanes de l’aéroport à notre arrivée. Fruits, légumes, miel sont confisqués et jetés. Et ceci dans le but d’endiguer la propagation d’une variété de mouches qui ruinent les cultures.

Nous arrivons enfin à Espérance, véritable havre de verdure, contraste radical avec le désert que nous venons de traverser. Nous nous procurons de provisions de fêtes pour célébrer l’anniversaire de Pascal dans le plus beau parc national côtier que nous avons vu jusqu’à présent. Cape le Grand se compose de sublimes baies, de criques sauvages au sable blanc étincelant et aux eaux cristallines, et abrite une large colonie de dauphins. Le surlendemain, nous atteignons la surprenante chaîne de montagne des Stirling Ranges. Surprenante car le paysage, d’une platitude continue, s’élève tout à coup à plus de mille mètres d’altitude sur une bande étroite longue de 90km pour s’aplanir à nouveau. Nous nous lançons à l’ascension du Knoll Bluff et après trois heures d’une montée raide, nous admirons la vue panoramique sur cette succession d’ombres chinoises. C’est un véritable régal!

Après un détour obligé par la magnifique Frenchman’s Bay, nous traversons un bush fire, visitons une «wind farm» (champ d’éoliennes) et nous atteignons la charmante bourgade de Denmark. Nous constatons que les petites villes du sud-ouest sont beaucoup plus charmantes que celles de la populaire côte est. Nous passons la nuit à Ocean Beach, sur une colline dominant une baie et un lagon, les deux séparés par une grande dune.

Nous rentrons dans la région des grandes forets et arrivons dans l’épais manteau forestier du Walpole-Normalup National Park, tissé de Red, Yellow et Rates Tingles trees, et de divers Gum trees, tous de la famille des eucalyptus. La Vallée des Géants réunis les patriarches de l’espèce que l’on peut admirer depuis une passerelle de 40 mètres de haut qui court à travers les arbres. Nous gravissons ensuite le Gloucester Tree, qui à la singularité d’abriter une plate-forme d’observation d’incendie à son sommet. Les 68 mètres de montée sont éprouvants: on grimpe à la verticale sur des tiges de métal de trois centimètres de diamètres, sans sécurité particulière. Heureusement, une fois en bas, de ravissantes perruches multicolores, très dociles, se posent dans nos mains et nous aident ainsi à nous remettre de nos émotions. La journée adrénaline continue par la visite d’une grotte, Giant Cave. La grotte est vaste et possède de beaux spécimens de stalactites et de stalagmites, mais les rampes et les escaliers disposés rendent l’exploration de la grotte un peu trop aisée.

Les deux jours suivants se passent à la plage où nous nous entraînons au kitesurf. Nous arrivons à Perth environ trois semaines après avoir quitté Melbourne et nous quittons l’allemande sans trop de regret. A chaque fois que nous nous stationnons pour dormir en zone résidentielle, nous titillons la curiosité exacerbée des australiens et provoquons leur soutien: l’un nous offre un café, l’autre une douche, de l’électricité, de l’eau et dernièrement un chef australien amoureux de la France, nous a offert une bouteille de vin! Lorsque nous nous installerons finalement pour quelques jours à City Beach, ce sera alors le teneur d’un petit café sur la plage qui nous offrira son aide en rechargeant chaque jour ordinateur et téléphones mobiles. C’est aussi à City Beach que nous ferons la connaissance d’Ilos, un apprenti kitesurfer très sympathique qui s’entraînera avec nous.

Notre prochain objectif: nous débarrasser de ce satané VanAlaCon qui nous a causé tant de malheurs. La saison estivale étant finie, le flot d’arrivée des backpacker s’est restreint ici, et avec lui les demandes d’achat de véhicules. En une semaine nous ne recevons qu’un appel d’un acheteur potentiel. Couple de retraités hollandais, c’est la cible parfaite pour acheter un van tout confort qui se situe dans le haut du marché. Le van leur convient à priori, mais avant de se prononcer, ne possédant aucune connaissance mécanique, ils décident de lui faire passer une examination minutieuse auprès de l’association automobile australienne. Le rapport indique tout un tas de travaux à effectuer, surlignant en jaune fluo des imperfections importantes comme mineures. Après une négociation difficile, les Hollandais acceptent d’acheter notre van au prix fixé mais une fois les réparations effectuées à notre charge. Les jours suivants vont être un cumul de stress et de tension, les Néerlandais et le garagiste puisant notre énergie. C’est donc épuisé nerveusement et physiquement que nous concluons finalement la transaction, presque une semaine après le début des pourparlers. A défaut de nous faire gagner de l’argent, la transaction nous permet tout au moins de rentrer dans nos frais.

En se conformant au planning initial, nous devrions nous envoler le 15 mai pour Cairns, la grande barrière de Corail au nord-est du pays. En suivant cet itinéraire, nous raterions donc une des plus belle partie de l’Australie: la côte Ouest et le Nord. Et pour visiter cette région, rien de mieux qu’un 4x4. Après un instant rapide de réflexion, nous décidons d’annuler notre vol pour Cairns et de reprendre la route, mais cette fois-ci non pas en van mais en 4x4. Et voilà comment nous sommes devenus les heureux propriétaires de notre 4ème véhicule en Australie: "Drakkar", un énorme Toyota aux dimension titanesques. Dans deux jours nous partirons donc à l’assaut de l’immense côte ouest et du nord tropical.


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