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Nous l’essayons sur les belles plages venteuses du sud de Sydney. C’est devenu notre occupation principale, qui se révèle assez physique dès que le vent souffle fort. Nous visitons ainsi d’autres parcelles de Sydney.
Le soir, c’est d’abord les apéros dans notre nouveau «jardin», le Jubilee Park de Glebe, en compagnie de nos amis Manu, Pierre, Solenne et Raoul - l’apéro est devenu une institution incontournable bi-hebdomadaire. C’est ensuite notre séances ciné quotidienne sur l’ordinateur, grâce aux DVD prêtés par Manu qui en a fait la razzia en Asie. Une fois l’ordinateur relié au système de son «dolby surround» du van, on se croirait presque dans un «home cinéma».
Marie travaille dorénavant au «Toxteth Hotel», autre nom pour un pub, surnommé le «bar des toxicos» en raison de la sonorité de son appellation. Tous le jours elle sert les mets d’un chef franchouillard bourru et d’un chef italien coureur de jupon. Pascal lui aussi oeuvre pour un membre de la communauté francophone: il aide un commerçant de «Ma Maison en Provence» à installer son stand pour une exposition à Darling Harbour et donne des cours de web design à Pierre.
L’arrivée de Nicole et Damien, les parents de Marie, se précise. Profitant de leurs avantages de retraité d’Air France, ils traversent la terre en 48h pour retrouver leur progéniture et constater leur nouveau mode de vie, autrement que par écrit. Nous avons bon espoir de leur faire adopter notre façon de voyager et quelques préparatifs s’imposent pour que le choc ne soit pas trop violent. Notre van est très confortable pour y vivre et dormir mais c’est un enfer sur la route. Il fait un bruit ahurissant, peine dans les côtes, a un parfum de fuel, a un peu la tremblote et le moteur étant sous le siège passager, il fait très chaud dans l’habitacle. C’est pour ces raisons que nous l’avons surnommés «VanAlacon». Pour leur séjour, nous décidons plutôt d’acheter un break (une «station wagon» en bon québécois), que nous nommerons «MooMba». Une Ford Falcon automatique, excellente occasion que nous ne pouvions laisser passer. La voiture s’avère très confortable sur la route mais beaucoup moins clémente pour y dormir. Ils la conduiront le jour et nous les installerons dans le van pour la nuit. Notre nouvelle chambre à coucher sera désormais transférée dans la voiture durant leur séjour et nous nous empressons de l’aménager de matelas, draps et rideaux. Tout est alors fin prêt pour leur atterrissage à Sydney le lundi 28 février.
Pour commencer en douceur leur séjour et dissiper le décalage horaire, nous les installons dans une charmante pension, maison victorienne d’une rue calme et fleurie de Glebe. Tout le monde est ravi, les parents se détendent dans leur ravissante chambre, avant d’explorer les attraits touristiques de la ville. En quelques jours nous en profitons pour parfaire avec eux notre connaissance de la ville: visite du CBD (Central Business District, le centre ville) et ses grattes-ciel, le quartier historique des Rocks et ses galeries d’art, l’incontournable Opéra et sa forme de coquillage, le jardin botanique et ses centaines de chauve-souris géantes, l’Autralian Museum et son exposition sur les aborigènes, Bondi Beach et ses bimbos. Bien entendu, nous les initions aussi à nos apéros dans le parc et à une curiosité locale: la course de crabes. Celle-ci a lieu tous les mercredi dans un pub de Glebe «The Friend in Hand». Une vingtaine de Bernard l’ermite s’affrontent dans une course effrénée, pendant que l’animateur arrose de jets d’eau froide la foule des parieurs en délire, improvisant pour certaines un concours de t-shirt mouillé. L’ambiance est de plus en plus bouillonnante et les défis lancés de plus en plus imaginatifs: gonflage de ballons, gobage de gâteau au chocolat salé et sans les mains, hoola oops, strip tease…
Notre séjour à Sydney se termine par son apogée (littéralement parlant): un dîner en haut de la tour rotative de Sydney en compagnie de tous nos amis. La bouffe est du niveau d’une cantine de luxe, avec un choix de viande de kangourous et d’ému en plus, mais la vue est imprenable. Nous y fêtons l’anniversaire de Damien, la première année des tourtereaux et le passeport flambant neuf de Marie.
A peine remis de nos excès de la vieille, nous quittons la ville non sans verser une larme, triste de quitter cette contrée où nous avons passé de si bons moments. Nous partons a deux équipages: dans «VanAlacon», le duo éprouvé Pascal au volant et Marie à la carte; dans «MooMba», Damien annonce le sempiternel «en voiture Nicole, c’est moi qui conduit, c’est toi qui klaxonne». Notre prochaine destination : Melbourne. Première étape : le Ku-Ring-Gai Chase National Park à environ 30km au nord de Sydney. Nous immergeons les parents dans l’Australie profonde en commençant par visiter une réserve de marsupiaux. Nous sommes entourés par des dizaines de kangourous et wapitis, dociles et paisibles. Nicole s’extasie devant une mère qui découvre de sa poche, en se penchant pour brouter, un joey, un bébé kangourou. La nuit tombée, c’est la première initiation des parents à notre vie nomade : fini le confort du grand lit douillé de Glebe, place au la contiguïté du van. Nicole et Damien nous épaterons tout au long du voyage par leur excellente adaptation à notre mode de vie: nous leur décernerons la médaille d’or des campeurs. Nous commençons en douceur le baptême de la route par un déjeuner très agréable et délicieux chez nos amis sculpteurs les Kitching dans leur maison de rêve, isolée dans la nature et surplombant une baie aux eaux scintillantes.
Nous changeons ensuite de cadre pour rejoindre les Blue Mountains, qui tiennent leur nom de la vapeur bleue dégagée des nombreux eucalyptus. Nous admirons les canyons et les trois-sœurs, curiosité géologique qui d’après la légende aborigène, renfermerait trois jeunes filles jadis transformées en rochers par leur aïeux pour les protéger du loup. Nous y faisons notre premier barbecue sur une plaque électrique d’un jardin. Les australiens voue un culte à l’ «Aussie bbq» et nous en profiterons à foison: Damien, notre «chef cuisinier» nous prépare viande rouge, grillade, brochette de volaille, poisson, fruit de mer; en dix jours de route, nous avons écumé les plus beaux bbq du pays et satisfait nos estomacs affamés!. Cerise sur le gâteau, depuis que nous avons repris la route, notre frigidaire marche à merveille, ce qui signifie bière fraîche à tous les arrêts.
Nous rejoignons ensuite la côte. Les paysages sont variés et magnifiques. Le flot de voiture s’est tari, on voit de moins en moins de maison en dehors des petites villes qui égrainent notre route. Une longue halte s’impose à Jervis Bay. Le sable est fin et blanc, l’eau d’un bleu limpide. Damien et Pascal chaussent leur palmes pour aller taquiner la faune sous-marine. Quant à celle qui nous entoure, c’est un régal pour les amoureux de la nature et des oiseaux. Nous nous taisons pour écouter ces chants uniques. Décidément, il fait croire que ces piafs là veulent se métamorphoser en une autre espèce ou encore se moquer de mère nature : leur cris ressemble à celui d’un enfant qui hurle, à un rire moqueur et sournois ou à celui d’un chat qui miaule. Parfois la forêt se réveille sous les hurlement de singes, espèce qui pourtant n’existe pas dans cette partie de l’Australie. D’autres volatiles imitent à merveille un fouet ou le sifflement dragueur des latins. Mais le plus mémorable, c’est cet affreux râle du splendide kakatoès à houppe jaune qui déchire la quiétude du paysage. C’est aussi un plaisir des yeux, tous ces oiseaux déploient autour de nous des panaches multicolores. Nos sens sont en émoi!
Le littoral devient plus sauvage et plus abrupte. Nous nous arrêtons au bord d’une plage peuplée de kangourous. Nous caressons pour la première fois un marsupial en totale libertée. Grand moment immortalisé par une photo. Nicole est séduite et insiste pour que nous passions la nuit au bord de l’eau. Le spot est effectivement parfait, le long d’un lagon, paradis des pêcheurs du coin, et à quelques mètres d’une plage sauvage. En plus, il est doté d’un barbecue et de toilettes publiques! Que demander de plus? Nicole s’extasie une fois de plus devant la propreté des toilettes publiques qui abondent en Australie. Quel bonheur!
Les paysages varient considérablement. Nous visitons le village historique de Central Tilba, petit fief connu pour ses fromages où l’on s’attend à voir sortir des maisons les personnages de la petite maison dans la prairie. Les collines sont verdoyantes et ont une petit air de Jura.
Nous nous dirigeons vers les Snowy Mountains, la chaîne de montagne la plus élevée de ce continent si plat. Nous pensons y trouver de la neige, mais en cette période, c’est plutôt la traversée du désert. Les paysages ressemblent à la savane africaine. C’est la canicule, le thermomètre dépasse les 30°. C’est la panne sèche, notre première panne d’essence. Les hommes partent en expédition vers la ville la plus proche à 40km, et trouvent en route une ferme qui accepte de remplir notre jerricane, moyennant une compensation substantielle. Au moins, désormais, nous connaissons la limite de notre réservoir! Pour se remettre de nos émotions, Nicole et Damien nous offrent une bière pression et une assiette de wedges, grosses frites maisons dont nous sommes devenus adeptes (surtout lorsqu’elles sont accompagnées de crème fraîche et de sweet chili sauce). Nous traversons le Kosciuszko national park et campons dans un camping semi-aménagé. Le site est bucolique et idyllique: nous dominons une rivière à truite pailletée d’or et dormons avec les bruits de la faune uniquement, en compagnie de kangourous. Que c’est dure de quitter le coin! A l’initiative de Damien, nous repartirons très frais et lavés dans l’eau de la Thredbo River, dont la température contraste avec la canicule ambiante.
La frontière de l’état du Victoria est proche. Elle est marquée par d’énormes avertissements de contrôle sanitaire, conseillant au voyageur de jeter les fruits qu’il a en sa possession. De vastes poubelles sont disposées de notre côté de la route pour nous encourager fortement à y mettre nos victuailles, suivi à quelques kilomètres par un contrôle de police au travers duquel nous passerons. Ouf, nous avons sauvés nos précieuses oranges!
Comme nous sommes en avance sur notre programme, nous repoussons notre arrivée dans la grande métropole de Melbourne. Des panneaux touristiques ont été disposés justement à notre attention: direction la route des vignobles de Rutherglen. Nous goûtons à toutes sorte de vin, du porto au vin «méthode champenoise» rouge! Nous passons la nuit face à un lac artificiel. Le décor est angoissant, sinistre, unique: le lac ayant inondé une forêt, des arbres blancs morts jaillissent par centaine de l’eau. Nous profitons de notre dernière nuit dans la nature pour faire un dernier digne barbecue.
Nous voilà arrivés à Melbourne. C’est le retour à la civilisation, à l’activité intense, au bruit. Le temps commence à se dégrader. Nous visitons la ville, les centres commerciaux, les monuments historiques, les boutiques de souvenirs. Les parents nous comblent une fois de plus en nous invitant dans un restaurant de fruit de mer et expérimentent par la même occasion le BYO (Bring Your Own), c’est à dire qu’on peut amener sa propre bouteille au restaurant. Depuis que nous sommes arrivés en Australie, nous n’avions jamais vécu si luxueusement, avec un train de vie si fastueux!
C’est le départ de Nicole et Damien. Nous nous retrouvons à nouveau seul, avec un sac en moins, poids superflu que nous leur avons confié. Leur départ fait un vide, que nous comblons par notre mission de revente de la voiture. Sur la route pour apposer des annonces dans les backpackers du centre-ville, nous sommes arrêtés par un groupe d’israéliens qui a entrevu notre affiche «à vendre» sur la vitre arrière. En trente minute l’affaire est conclue, nous revendons la voiture plus du double de son prix d’achat et gagnons au passage, une agréable soirée barbecue en compagnie des nouveaux heureux propriétaires de MooMba. Ils sont fous de joie et pour cause: nous constaterons plus tard que la dite voiture vaut beaucoup plus sur le marché melbournois…
Nous allons pouvoir reprendre la route et fuir la ville. Avant cela, nous passons une nuit dans le magnifique Méridien de Melbourne – nos étrennes de Pâques de Nicole et Damien. Dans un bâtiment historique du 19ème siècle, l’hôtel a la particularité architecturale de relier par des verrières, deux bâtiment séparés autrefois par une rue. La ruelle existe toujours et l’on marche sur des pavés pour se rendre au restaurant. C’est un joyau architectural! Une bouteille de vin local nous attend dans la chambre, et nous la dégustons sur le balcon de la magnifique chambre après avoir barboté une heure dans l’immense baignoire. Nous y serions bien resté un peu plus longtemps… Nous nous rendons compte que nous passons sans difficulté de la simplicité de la vie de bohème au faste et au doux confort des hôtels de luxe!
Autre extravagance, nous achetons notre équipement de Kitesurf: une voile de 10 mètres et une planche dernier cri. Le coup est dur pour les finances, le gain de la revente de MooMba y est passé. Il faut vite s’y mettre: nous devons être fin prêt pour affronter les bourrasques de la côte ouest, paradis des kitesurfers, selon les initiés.
Dernière folie: l’envie nous prend de nous teindre la crinière en rouge. Les cheveux de Marie étant plus dociles, elle arbore maintenant un harmonieux ensemble de mèches rouges feux, rousses et auburn. Ceux de Pascal s’avèrent plus retissant au changement, et laissent apercevoir quelques reflets rougeâtres sous le soleil.
Nous laissons aussi nos nouveaux amis, un groupe de 5 français fraîchement débarqué au pays d’Oz. Nous leur prodiguons quelques conseils de routards, les aidons à acquérir une voiture, et leur faisons découvrir les joies des barbecues australiens en bord de mer.
Il est temps de retrouver la route et de laisser derrière nous l’automne. Bientôt nous reprendrons la route vers le soleil de la côte Ouest, juste 3000km jusqu’à Perth…
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