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Nous quittons la "grande" ville non sans un dernier adieu à nos nouveaux amis : Keith, le facétieux gardien du kiosque de City Beach et Ilos, notre compagnon (lui aussi débutant) de kite surf.


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Les grandes dunes de Lancelin, qui n’ont rien à envier à celles du Sahara

 

Pinacles, désert de sable hérissé de roches droites à forme phallique

 

Coucher de soleil sur Shark Bay et sourire moqueur d'un gentil dauphin

 

 

Le Tropique du Capricorne  

 

A Ningaloo, on peut observer le géant des mers, le requin-baleine

 

Karijini, aux profondes gorges rouges

 

Tous les soirs, c’est un festival de couleurs extraordinaire qui enflamme l’horizon 

 

 

Nous venons tout juste de quitter la ville, et déjà nous essayons notre nouvel engin tout terrain. Pascal, intrépide, se lance à l’assaut des grandes dunes de Lancelin, qui n’ont rien à envier à celles du Sahara. Notre 4x4, désormais baptisé "Drakkar" ne nous fera pas défaut mais nous avons tout de même notre dose d’adrénaline et de frisson. Comme la nuit tombe, il est de plus en plus difficile de voir le relief, ce qui nous vaudra quelques arrêts précipités mais non moins salutaires à la verticale de dunes colossales. Nous décidons de passer la nuit dans ce désert magnifique. Nul part ailleurs on ne peut voir aussi bien les étoiles que dans le désert, et la voie lactée est plus brillante que jamais. En un coup de baguette magique, nous avons été propulsés dans le temps, un an auparavant dans le désert mauritanien, avec les galaxies pour seul toit…

Nous continuons la route désertique pour atteindre les Pinacles, désert de sable hérissé de roches droites à forme phallique. Nous nous régalons à voir ces meutes de japonaises à ombrelles, trottinant à petit pas pour retrouver le chemin menant à leur bus à travers ces phallus géants.

Nous traversons la Batavia Coast, qui n’a rien à voir avec la salade mais porte le nom d’un navire hollandais reliant autrefois ces côtes arides. Cela nous rappelle que l’Australie s’est appelée naguère la Nouvelle-hollande. Puis nous arrivons à Kalbarri, gentille bourgade à l’embouchure spectaculaire de la Murchison River qui donne un peu plus loin de profondes gorges à la couleur de l’eau peu avenante. Les environs sont spectaculaires : la côte, d’un carmin perçant, forme d’immenses falaises contre lesquelles frappe sans discontinuer l’Océan Indien. La nature a gardé tous ses droits ici, et les falaises s’étendent à perte de vue.

Nous nous remettons en route. Les attraits touristiques du Western Australia sont très dispersés, distants pour la plupart d’un millier de kilomètres. Et nous roulons sans apercevoir autre chose que les Roadhouses, ces stations services disposant parfois d’un camping, au bord de l’unique route principale. Mais une fois les sites touristiques atteints, ce sont des merveilles qui s’offrent à nous. C’est ce qui fait que le Western Australia soit encore si peu visité mais fait le bonheur des initiés.

Voici enfin Shark Bay, la Baie du requin, sanctuaires des pêcheurs, en plein sur le 26ème parallèle. C’est encore une fois l’occasion de quitter les sentiers balisés grâce à Drakkar. Un soir, loin de toute civilisation, nous entendons des bruits qui ne sont pas pour nous réconforter. Pascal pense à des serpents mais Marie, charmeuse d’insectes en tout genre, découvre vite qu’elle fait l’objet d’une attaque de scarabées. L’endroit que nous découvrons au petit matin valait la peine d’endurer une nuit agitée : une petite baie déserte aux eaux tranquilles et translucides. Qu’on est bien au soleil! On découvre aussi que Shark baie n’est pas seulement réputée pour ses requins. Ces baies sont aussi la demeure de stomatolites, "animaux" préhistoriques que notre ignorance nous aurait fait prendre pour des vulgaires rochers sans les panneaux descriptifs, et surtout d’une colonie de dauphins réputée à travers l’Australie (et par conséquent à travers le monde d’après les Australiens!). C’est à Monkey Mia que tous les jours, le matin, les rangers du Park National nourrissent une douzaine de dauphins. Les dauphins, habitués depuis trente ans à ce rituel, s’approchent sans crainte de la plage et paradent pendant un bon moment devant la masse de spectateurs afin d’obtenir le poisson convoité. L’attraction a tout d’une séance mystique. Des centaines de curieux et amateurs des amicaux cétacés s’alignent en longue file les pieds dans l’eau se taisent, ouvrent de grands yeux ébahis (et parfois la bouche!) et avalent les paroles de l’homme au micro qui attire les dauphins souffleurs à heures fixes et intervalles réguliers. Tout cela a l’air grotesque, mais ces animaux sont tellement charmants, tellement proches et accessibles, qu’on ne résiste pas longtemps et on les admire comme n’importe lequel de ces badauds.

Quelques jours plus tard, après une longue traversée sur des routes inondées (grâce auxquelles Pascal a pu "religieusement" baptiser Drakkar), nous faisons une halte dans la seule grosse ville des environs, Carnaveron, dont le principal intérêt est d’être doté d’un grand supermarché. C’est justement en plein magasinage que nous rencontrons au rayon fromage un couple de Normands, Vanou et Guillaume. Nous décidons de passer la soirée ensemble, puis rapidement nous passons aussi nos journées ensemble. Nous les initions au kite, aidons à la réparation de leur van, et ils nous initient au steak de kangourous et au bon usage du filtre polarisant, indispensable pour prendre des photos correctes de la région (Merci Guillaume, maître du pola). La péninsule est entourée de mangrove. Un soir, après un barbecue dignement arrosé, nous avons l’ingénieuse idée d’installer notre tente sur un grand espace vierge entre les palétuviers. Au petit matin, nous avons tout juste le temps de sauver la tente des flots montants, et nous quittons les lieux, lamentablement, avec de l’eau au-dessus des mollets. Nous sommes toutefois perplexes : comment se fait-il que nous soyons passé au travers de la marée la nuit dernière? La flore contribuant, ainsi que les pluies abondantes récentes, nous nous piquons pour la première fois à l’espèce la plus hostile d’Australie, surtout pour Marie. Ce ne sont ni les requins, ni les crocodiles, mais les voraces mozzies, les maringouins d’Australie. Nous restons malgré tout quelques jours dans cet endroit, éloigné de la mangrove. Au menu : fruits de mer ou bananes. C’est la première fois que nous sommes confrontés à une très forte densité d’Aborigènes. Nous tentons de lier contact pour en apprendre d’avantage sur leurs us et coutumes mais sommes rapidement désillusionnés : ce qui les intéressent chez nous c’est plutôt notre porte-feuille et nos cigarettes ; et de part l'ivrognerie généralisée, véritable fléau dans cette communauté, le dialogue s’avère très difficile. Nous réaliserons plus tard qu’une grande partie des aborigènes des villes sont réduits à ce sort, tandis que la vie leur est souvent plus souriante dans l’outback. Nous nous lançons à la recherche d’un travail mais puisque ce n’est pas la haute saison pour les industries locales, nous quittons la ville les mains vides ; Mais en excellente compagnie et le ventre comblé de succulentes bananes, offertes par Andrea et Sandra, compagnes allemandes de galère, qui ont travaillé laborieusement quelques jours dans une plantation familiale. Nous nous lions aussi avec quelques autres routards de notre espèce, que nous reverrons régulièrement tout au long de notre long séjour en Australie occidentale.

Nous voici maintenant le long de Ningaloo Reef, au Tropique du Capricorne, la cousine occidentale de la Grande Barrière de Corail australienne. Nous passons d’exténuantes journées à patauger dans les eaux limpides de Turquoise Bay, en admirant l’abondante faune sous-marine. Ca en devient même commun de tomber sur un petit requin (au demeurant, pas mauvais sous le palais), une raie ou encore une jolie tortue. Pascal profite de l’occasion et du site exceptionnel pour passer avec succès son certificat de plongée premier niveau. A nous maintenant les profondeurs !

Ningaloo est aussi le seul endroit au monde où l’on peut observer près du littoral le géant des mers, le requin-baleine. Nous cassons notre tirelire pour nager quelques heures avec le plus gros poissons connus à ce jour. C’est une expérience unique et époustouflante. Nous nageons tranquillement à deux-trois mètres de ces étonnants poissons. On ne sait pas grand chose de ces paisibles squales, colosses à poids, mesurant jusqu’à dix-huit mètres, inoffensifs et mangeurs de plancton. Malgré leur aspect paisible et gracieux, ils n’en restent pas moins extrêmement impressionnants et effrayants, surtout lorsqu’ils apparaissent dans le grand bleu et arrivent face à vous, la bouche ouverte, ou lorsqu’ils accélèrent et que l’on se retrouve à proximité de leur puissante queue qui sonnerait avec facilité le plus costaud des hommes.

Nous quittons l’Océan Indien et nos amis français pour un paysage radicalement différent. C’est Karijini, aux profondes gorges rouges. Nous y faisons la connaissance de trois Québécois routards très sympathiques, Mélysa, Mathieu et Guillaume, qui donnent à Pascal la nostalgie du pays. Nous explorons de longues heures les étroites gorges, nous nous baignons dans l’eau glacé et sous les chutes d’eau, nous admirons les réflexions des parois rouges dans les bassins des gorges. Le contraste entre le grenat des roches et le bleu pur du ciel qui se reflète dans les bassins miroirs est poignant. Ce parc est extrêmement sauvage et on peut facilement sortir des chemins battus. L’ambiance est très agréable et nous nous entendons à merveille avec ces trois québécois. Nous sommes pris d’un fou rire lorsque nous allons tous nous baigner dans l’un des bassins très froid, Fern Pool. Guillaume est pris de panique parce que de petits poissons lui picorent soi-disant les pieds. Il lui faut quelques temps pour se remettre, mais nous ne pourrons désormais oublier cette anecdote !

C’est presque avec regret que nous nous rendons à Broome. Malgré sa petite taille, Broome est une destination internationale, très prisée par les voyageurs asiatiques. Elle doit sa renommée à ses perles de culture d’excellente qualité, et à son immense plage Cable Beach. La plage étant accessible aux véhicules, tous les soirs, des centaines d’automobilistes se placent de façon optimale pour admirer le coucher de soleil devant lequel passent des caravanes de chameau. Il n’y a que depuis peu que nous pouvons admirer les couchers de soleil au-dessus de l’Océan. Tous les soirs, c’est un festival de couleurs extraordinaire qui enflamme l’horizon. C’est un spectacle inlassable! Nous nous plaçons aussi au premier plan et décidons de passer la nuit sur le sable, assez haut pour ne pas narguer la marée. Nous passons là nos journées et nos soirées en compagnie des Normands retrouvés et des Québécois. L’ambiance est toujours au beau fixe et au délassement. Nous passons une journée à jouer sur la plage, pris par la marée. Lorsque les Québécois nous quittent pour respectivement Bali et Sydney, nous savons que cette intermède est terminé.


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